Mathilda & Titus Jones - 1ère Partie (Tome 1)

   Jupiter/Hannibal Jones Jones, le chef des Trois Jeunes détectives vit non avec ses parents mais avec son oncle et sa tante. Dans The Secret of Terror Castle/Au Rendez-Vous des Revenants, aucun détail nous est fourni quant au pourquoi de la chose. Tout juste peut-on supposer que Titus devait être le frère du père de Jupiter/Hannibal vu qu'il ont le même nom de famille. Mais cela n'a pas beaucoup d'importance, car il y aura très peu d'allusions aux parents.
  Parmi les personnages secondaires les plus drôles et attachants, Mathilda est très bien placée. Elle pourrait être qualifiée de dickensienne, tellement sa caractérisation évoque les personnages secondaires si atypiques du romancier Charles Dickens. Dans son introduction, Alfred Hitchcock ne la mentionne pas, le lecteur entend donc parler de Mathilda Jones pour la première fois dans le Chapitre 1 de The Secret of Terror Castle/Au Rendez-vous des Revenants:

  "No one could see the boys from the main part of the junk yard where the office was - especially Jupiter's Aunt Mathilda, who really ran the business. She had a big heart, and was endlessly good-natured, but when she saw a boy around she had only one idea: Put him to work!"

 "Dans le coin où se tenaient les garçons, personne ne pouvait les apercevoir du reste du Paradis. En particulier, ils échappaient ainsi à la surveillance de tante Mathilda, femme de taille imposante, patronne effective de tout le marché aux occasions, du reste dotée d'un cœur d'or mais affligée d'une effrayante manie: elle ne pouvait voir un jeune garçon sans lui trouver immédiatement une occupation."

  NOTE: Que la traduction soit de Tatianna Bellini ou de Vladimir Volkoff, on constate d'un côté des ajouts comme "ils échappaient ainsi à la surveillance" et "femme de taille imposante" et de l'autre des omissions comme "and was endlessy good-natured". Le lecteur anglo-saxon ou français aura bien l'occasion de voir son bon caractère mais le lecteur français sera privilégié car Jacques Poirier l'illustrera régulièrement et il est intéressant de constater qu'il prendra en compte l'ajout concernant l'ajout physique du traducteur.
  
  On peut entendre Mathilda "giving orders"/"donner des ordres à Hans et à Konrad" au début du chapitre 3, et le trio l'aperçoit en compagnie de son époux au Chapitre 6:

  "His Uncle Titus and Aunt Mathilda were inside their little house, which adjoined the yard. The boys could see them through the open window, watching television."

  "Oncle Titus et tante Mathilda Jones étaient chez eux: par la fenêtre de la petite maison qu'ils habitaient, on les voyait occupés tous les deux à regarder la télévision."

  Cependant, la tante de Jupiter/Hannibal fait sa toute première véritable apparition dans le texte au Chapitre 7 et Jacques Poirier à défaut de la dessiner dans la version de 1966, se rattrape dans celle de 1979:

Jacques Poirier, 1979.
  "[...] But when Worthington and the big, gleaming car drove up to the gatre of The Jones Salvage Yard, she shook her head.
  "My sakes," she said, "I never know what you'll be doing next, Jupiter. Riding round in an automobile made for some Arab sheik! You'll be spoiled, mark my words."
  Just how her nephew would be spoiled she didn't say."

  "[...] Mais lorsque l'énorme Rolls, toute étincelante, s'arrêta devant la grille du Paradis, la bonne dame hocha la tête:
  "Babal! Babal! Que vas-tu encore inventer? Rouler dans une voiture construite pour je ne sais quel cheik arabe! Crois-en ma vieille expérience: tu mourras sur la paille!"

  NOTE: La dernière phrase de ma citation n'est pas traduite. Tout d'abord, je me demande s'il n'est pas mieux de dire "tu vas mal finir!" et on pourrait par la suite rajouter: "Elle ne précisa pas la façon dont son neveu allait mal finir."

  Avant de bénéficier des apparitions conjuguées de Titus, Mathilda et des frères Bavarois, Hans et Konrad, Robert Arthur signale au début du Chapitre 10 que l'enquête des détectives est retardée par les corvées que Mathilda leur impose, récurrence déjà évoquée plus haut et qui sera très fréquente dans la série: 

   "Jupiter! Mathilda Jones's voice rang out in the California sunshine.          
  "Stack those iron rods against the fence. Peter! Help Jupiter carry the rods. And you, Bob, are you getting a tally of everything?"
  "It was a busy day at The Jones Salvage Yard. Sitting on an overturned bath-tub, busy tallying everything, Bob Andrews wondered if they ever would be able to get into Headquarters for a meeting. [...] Mrs. Jones had just been running them ragged. [...]
  Mr. Jones had been off on a buying spree, so there was an endless supply of new material coming into the yard. At this rate a week might go by before they could have any peace in which to sit down and puzzle over the mystifying questions with which they were confronted."

  "Hannibal!"
  La voix puissante de Mme Jones résonnait sous le ciel de Californie.
  "Hannibal, range ces tiges de fer contre la palissade. Peter, aide Hannibal à les porter. Bob inscris combien il y en a!"
  On ne s'amusait pas, à ce jour-là, au Paradis de la Brocante. Bob, assis sur une cuvette renversée, se demandait si une réunion au P. C. allait enfin être possible. [...] Mme Jones ne les avait pas laissés chômer, c'était le moins que l'on pût dire. [...]
  M. Jones venait de faire une tournée d'achats, si bien que des camions entiers de bric-à-brac arrivaient sans cesse. A ce rythme-là, une semaine se passerait avant que les Trois détectives puissent trouver une minute pour réfléchir tranquillement aux graves problèmes qui se posaient à eux."

  Jacques Poirier illustrera de nouveau Mathilda à deux reprises au Chapitre 11, en 1966 (dans sa première apparition illustrée officielle dans une édition française) et en 1979 :

  "At that moment Jupiter's Aunt Mathilda bustled into the room.
  "I meant to tell you earlier," she said. "A queer thing happened yesterday morning just before you came back from the hospital. I forgot all about it in the excitement."
  "Queer thing?" Jupiter asked, and they all pricked up their ears.
  "An old gypsy woman came to the door. I don't know that I ought to tell you what she said."
  An old gypsy woman! Now they really were sitting up.
  "I'd very much like to know, Aunt Mathilda."
  "Well, it was just nonsense anyway. But this tiny, little old gipsy woman knocked and in this awful, broken accent she said she'd read about your accident and had a warning for you."
  A warning! From an old gipsy woman! The boys glanced at each other.
  "Anyway, [...] your accident was caused by T.C., she said, and T.C. would bring you more harm if you didn't avoid them, or it, or whatever.
  "I just laughed and told her she was right - T.C. stood for 'too careless' - and she went away. Poor thing, she looked so old and wild I don't believe she was right in the head."
  With that, Mrs. Jones went back downstairs and left the three boys looking at each other."
    "T.C. - " Bob's voice was allow. "Terror Castle." 

Jacques Poirier, 1966.
Jacques Poirier, 1979.
  



















 
   "A ce moment, Mme Jones entra dans la pièce, tonitruante ainsi qu'à l'ordinaire.
  "Babal, j'ai oublié de te raconter! Une drôle d'histoire est arrivée hier, juste avant ton retour de l'hôpital. J'étais tellement émue, que je n'y ai plus pensé.
  -Une drôle d'histoire? demanda Hannibal dressant l'oreille, de même que ses deux amis.
  -Oui. Une vieille bohémienne est venue frapper à la porte. Elle m'a parlé de toi. Je ne sais pas si je dois te transmettre son message.
  -Je vous en prie, tante Mathilda. J'aimerais beaucoup savoir ce qu'elle a dit."
  -Des sottises, bien entendu. Elle était toute petite, toute bossue, et elle parlait avec un accent effroyable. Elle a affirmé qu'elle savait comment ton accident s'était produit et qu'elle devait te mettre en garde."
  Les trois garçons n'en croyaient pas leurs oreilles.
  "[...] Ton accident a été causé par C.E., et C.E. te causera encore beaucoup de tort si tu ne prends pas grand soin de l'éviter. Je lui ai ri au nez en lui disant qu'elle avait bien raison, C.E. signifiant sûrement "Curiosité Excessive". La pauvre femme est repartie: je pense qu'elle ne devait pas être tout à fait normal."
  Mme Jones sortit en claquant la porte; les trois garçons s'entre-regardèrent.
  "C. E......, murmura Bob d'une voix où perçait l'angoisse. Château des Épouvantes." 
 
  Dans l'édition japonaise, T. Yamamoto choisit d'illustrer la scène racontée, avec Mathilda de dos face à la bohémienne:

T. Yamamoto, 1968.
 
  C'est un passage qui, mine de rien, donne un autre trait de caractère de la tante Mathilda: personnage terre-à-terre, elle ne croit pas aux superstitions de la bohémienne.
  Petite note en passant, Hannibal selon le traducteur français vouvoie sa tante... il faudra vérifier si c'est toujours le cas au fil des tomes.

  Jusque là, il avait été fait mention de l'oncle Titus Jones à plusieurs reprises mais c'est dans le Chapitre 10 qu'il apparait pour la toute première fois (avec pour seule incarnation illustrée celle du Japonais T. Yamamoto) et il est accompagné de ses employés Bavarois, les frères Hans et Konrad. Dans ce passage, on apprend son second prénom (non pris en compte dans l'édition française) par la bouche de Mathilda, et se manifeste la propension récurrente aux exclamations fleurie de jurons de celle-ci :

  "A break came about noon when Mrs. Jones looked up and saw the salvage yard's main truck turning in through the gates again. Jupiter's uncle, Titus Jones, a small man with a large nose and a huge black moustache, was sitting like a king on top of the load in a magnificent old carved wooden chair. When Mr. Jones was on a buying trip, he bought anything that took his fancy. Mrs. Jones gave a little shriek as the truck stopped. "Heavens above!" she cried. "Titus Andronicus Jones, what have you bought this time to take us one step closer to the poor-house?"
  Mr. Jones waved down to them with his pipe. His other hand was holding on to a big fan-shaped bunch of metal tubes. It was a small pipe organ, about eight feet high.
  "I've bought a pipe organ, Mathilda," Mr. Jones called. He had a very deep voice. "I'm going to learn to play it. Come on, Hans... Konrad, we have to get this valuable musical relic safely deposited on the ground."
  Mr. Jones got down. Hans followed him, and Konrad slid the pipes of the organ on to the iron loading elevator at the back of the truck. Once it was in place, Hans worked the control and the whole thing eased to the ground.
  "A pipe organ!" Mathilda Jones was so flabbergasted she forgot to order the boys to keep working. "Now in the name of goodness and mercy and sweetness and light, what are you going to do with a pipe organ?"
  Mr. Jones took a puff on his pipe. "Learn to play it, my dear," he said. "After all, I played a calliope in a circus once."
  Mr. Jones decided to set the pipe organ up by the fence nearest to his house. [...] All the pieces of the pipe organ were grouped together, waiting to be assembled.
  "That's a real pipe organ, the kind operated by air blown into the pipes," Mr. Jones proudly told the boys. [...]
  "Heavens to Betsy above." Mrs Jones sighed. "I'm certainly glad we're far from the nearest neighbours."
  "Now you take a really big pipe organ," Mr. Jones said, "one built for a large auditorium. It is possible to install pipes in such a pipe organ so large, of such a length and diameter, if you follow me, that they will emit sounds too deep to be heard by the human hear.
  "If you can't hear them, can you call them sounds, Uncle Titus?" Jupiter asked."

T. Yamamoto, 1968.

  "Les garçons n'eurent droit à quelques instants de repos que vers midi, lorsque M. Jones lui-même, un petit homme pourvu d'un grand nez et d'une énorme moustache noire, fit son entrée dans le Paradis.
  M. Jones trônait dans un fauteuil de bois sculpté, au sommet d'un chargement de bric-à-brac qui faisait plier sous son poids le châssis du plus gros camion de la maison. En tournée, le patron du Paradis achetait tout ce qui, pour une raison quelconque, lui faisait envie.
  "Dieux du ciel! rugit Mme Jones en apercevant son mari. Dieux du ciel! Titus, qu'es-tu encore allé ramasser? Si tu continues comme cela, crois-en ma vieille expérience, nous mourrons sur la paille."
  Titus Jones salua l'assemblée d'un geste royal de sa main droite qui brandissait une pipe. Son autre main maintenait une poignée de tubes de métal appartenant à un orgue de format modeste, trois mètres de haut environ.
  "J'ai acheté un orgue, Mathilda, dit M. Jones de sa voix de basse. Je vais apprendre à en jouer. Hans, Konrad! Descendez-moi mon instrument à terre, en faisant bien attention de ne pas l'endommager."
  Avec une souplesse de chat, M. Jones sauta lui-même sur le sol. Hans et Konrad s'affairèrent autour de la grue qui se trouvait à l'arrière du camion. L'orgue atterrit sans dommage.
  "Un orgue! s'écria tante Mathilda, si abasourdie qu'elle en oublia de donner un nouveau travail aux garçons. Miséricorde divine! Heureusement que nous n'avons pas de voisins!" [...]
  "[...] Remarquez que mon orgue est de dimensions vraiment très restreintes. Il en existe, avec des tubes si longs et si épais qu'ils produisent des sons qu'on ne peut même pas entendre.
  -Si on ne peut pas les entendre, ce ne sont pas des sons, objecta Hannibal."
 
  J'arrête de citer ici, mais la scène continue, jusqu'à l'arrivée de Skinny Norris, avec une discussion scientifique (qui montre une certaine connaissance technique de la part de Titus) concernant les sons produits par l'orgue entre Titus et les trois compères. L'orgue jouera un rôle dans le roman, il donnera à Jupiter/Hannibal de quoi réfléchir, mais je n'en dirai pas plus.
  Le texte français, entre autres différences, ignore un détail concernant Titus. Il a travaillé dans un cirque en jouant du calliope, un instrument de musique à vapeur (illustration ci-dessous). Une telle omission est regrettable car ses liens avec le cirque seront rappelés notamment dans The Mystery of the Talking Skull/Le Crâne qui crânait, The Mystery of the Crooked Cat/Le Chat qui clignait de l’œil et The Mystery of the Nervous Lion/Le Lion qui claquait des dents.


  Dans le Chapitre 13, on peut entendre l'oncle Titus exercer son talent de musicien avec l'orgue qu'il a récupéré et réassemblé non sans l'aide de son neveu. Il troublera sans le savoir une réunion du trio:

"[...] Uncle Titus is creating quite a racket outside."
  He was right about his Uncle Titus Mr. Jones had finally managed to assemble the pipe organ he had bought. While confined to bed, Jupiter had been reading a library book about pipe organs, and he had given his uncle a good deal of advice. Now Mr. Jones was testing the reassembled organ. He was playing "Asleep in the Deep",a favourite piece of Hans and Konrad's, and he was giving full power to all the deep bass notes, along with lots of quavery accompaniement to go with the main tune.  
  The boys had the roof ventilator of Headquarters open, so they were getting the full benefit of the playing. When Mr. Jones really dug down into the low notes, things inside Headquarters positively rattled. Bob felt as if the music was trying to make him lift him right out of his chair. It seemed to make him quiver all over." 
  Jupiter [...] closed the venitlator, shutting out some of the din [...].
  "At that moment, the whole trailer that contained Headquarters seemed to shiver. A piece of iron stacked outside slipped and rattled against it. An extra loud blast from Mr. Jones's new pipe organ had almost lifted them off the ground.
   "Wow!" Pete exclaimed. "I thought it was an earthquake!"  "Uncle Titus doesn't know his own strength when it comes to playing a pipe organ," Jupiter commented. "If he's going to keep on like that, we might as well break up this meeting."
 
  "[...] Oncle Titus fait tant de bruit!"
  Oncle Titus faisait du bruit, c'était vrai. Il avait remis son orgue en état de marche, aidé en cela par les conseils d'Hannibal qui venait de lire un livre sur ce genre d'instruments, et il jouait maintenant des marches militaires avec toute l'énergie qui convenait et un emploi libéral des basses. Lorsqu'il exécutait un solo de la main gauche, par exemple, la roulotte tremblait et les garçons ne savaient plus où se mettre."
  Hannibal ferma donc la fenêtre de ventilation, qui se trouvait sur le toit du P.C. [...].
  "A ce moment, le P. C. tout entier fut ébranlé sur sa base. Une tige de fer qui y était adossée s'effondra avec un bruit de tonnerre. M. Jones, à son clavier, entrait en transes!
  "J'ai cru que c'était un tremblement de terre! fit Peter.
  -Nous ferions aussi bien de clore la réunion, sin oncle Titus joue l'hymne national, dit Hannibal." 
 
  Sans m'attarder là-dessus, le texte français fait de nombreuses omissions.

Sources des illustrations:
Illustrations françaises: Scribd (Utilisateur: Claudefermas) (éd. 1966)/Exemplaire personnel (éd. 1979).
Illustrations japonaises: Series Book Art - The Thrre Investigators by Ian Regan.

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