Introduction d'Alfred Hitchcock n°1 - The Secret of Terror Castle/Au Rendez-vous des Revenants

  Comme je l'ai évoqué dans la notice biographique non exhaustive consacrée à Robert Arthur, Alfred Hitchcock n'a uniquement contribué à la série des Three Investigators qu'en acceptant que son nom et son image soit utilisés par l'auteur. En d'autres termes, les introductions ne sont pas de sa main. Ainsi, le célèbre réalisateur devient à la fois personnage et co-auteur fictif (rappelons que la série se présente à l'origine comme écrite par "Alfred Hitchcock and The Three Investigators"). L'introduction est donc primordiale puisqu'elle entre dans le cadre de la mise en abyme subtile qui sera décortiquée dans l'article dédié au premier tome. Si l'on se met à la place du jeune lecteur américain de 1964, c'est à celle-ci qu'on a tout d'abord affaire. Elle se doit donc, sans dévoiler l'intrigue dire de quoi il en retourne. Avant tout autre commentaire, je vous la soumets dans son intégralité.

VERSION ORIGINALE (1964)

NOTICE TO THE READER
You are under no obligation whatever to
read a single word of this introduction.
                                             ALFRED HITCHCOCK

Introduction

I seem to be constantly introducing something. For years I've been introducing my television programmes. I've introduced motion pictures. And I've introduced books of mystery, ghost and suspense stories for my fans to shiver with.
  Now I find myself introducing a trio of lads who call themselves The Three Investigators, and ride round in a gold-plated Rolls-Royce, solving mysteries, riddles, enigmas and conundrums of all kinds. Preposterous, isn't it?
  Frankly I would prefer to have nothing to do with these three youths, but I rashly promised to introduce them. And I am a man of my word - even though the promise was extorted from me by nothing less than sheer skulduggery, as you will see.
  To the business at hand, then. The three boys who call themselves The Three Investigators are Bob Andrews, Pete Crenshaw, and Jupiter Jones, all of whom live in Rocky Beach, a small city on the shore of the Pacific Ocean some miles from Hollywood.
  Bob Andrews, who is small but wiry, is something of a scholarly type, although with an adventurous spirit. Pete Crenshaw is quite tall and muscular. Jupiter Jones is - Well, I shall refrain from giving you my own personal opinion of Jupiter Jones. You will have to decide about him for yourself after reading the pages that follow. I shall simply stick to the facts.
  Therefore, though I would be surely tempted to call Jupiter Jones fat, I will simply say, as his friends do, that he is stocky. As a very small child, Jupiter Jones appeared in a television series about a group of comical children - a series I am happy ro say I never encountered. However, it appears that as an infant he was so fat and comical in appearance, he was known as Baby Fatso and made millions laugh at the way he kept falling over things.
  This gave him a deep aversion to being laughed at. In order to get himself taken seriously, he studied furiously. From the time he could read, he read everything he could get his hands on - science, psychology, criminology, and many other subjects. Having a good memory, he retained much of what he read, so that in school his teachers found it best to avoid getting into arguments with him about questions of fact. They found themselves proved wrong too often.
  If at this point Jupiter Jones sounds rather insufferable, I can only agree with you heartily. However, I am told he has many loyal friends. But then, there is no accounting for the tastes of the young.
  Now I could tell you a great deal more about him and the other boys. I could tell you how Jupiter won the use of the gold-plated car in a contest. I could tell you how he established a local reputation for finding lost articles, including runaway pets. I could - But I feel I have done my duty. I have more than lived up to my promise. If you haven't skipped all this long ago, you are probably even gladder than I am that this introduction is ended.
ALFRED HITCHCOCK

  A noter que l'édition publiée par Scholastic en 1971 comportera une différence, puisque cet éditeur avait publié le quatrième tome The Mystery of the Green Ghost avant le premier. Le troisième paragraphe qui commence par "Frankly, I would prefer..." est remplacé de cette façon:

  "If you read The Mystery of the Green Ghost, then you know something about my association with The Three Investigators. In my own defense, I would like you to know how this association began, for it was by nothing less than sheer skullduggery, as you will see."

  "Si vous avez lu Le Chinois qui verdissait, vous êtes déjà au courant de mon association avec les Trois Jeunes détective. A ma décharge, j'aimerais que vous sachiez de quelle façon elle s'est réalisée, car elle fut par pure escroquerie, comme vous allez le constater." (Ma traduction.)

  Ceci dit, la particularité la plus remarquable de cette introduction c'est que le réalisateur ne semble pas porter dans son cœur la jeunesse en général et les trois jeunes garçons qu'il présente en particulier. C'est une anomalie qui saute aux yeux du lecteur: pourquoi se montre-t-il si réticent à écrire cette introduction, jusqu'à conseiller son lectorat à ne pas la lire? Il aura justement l'explication en lisant le roman.
  Quant aux description succinctes des trois personnages principaux, je les réutiliserai dans l'article principal. On notera également qu'il mentionne le concours gagné par Jupiter/Hannibal et ne fait à aucun moment allusion à l'enquête dont le roman relate les péripéties.
  Mais passons à la version française de 1966, autant pour les non-anglophones que pour ceux comme moi ont envie de la comparer à l'originale.

Jacques Poirier, 1966.

VERSION FRANÇAISE (1966)

AVIS AU LECTEUR*

Oui. Je sais. C'était imprudent de ma part. Mais enfin, chose promise chose due. Puisque moi, Alfred J. Hitchcock, j'ai promis aux Trois jeunes détectives de vous les présenter, il faut bien que je m'acquitte de cette corvée.
  Remarquez que la promesse en question m'a été arrachée par pure escroquerie, comme vous allez pouvez en juger.
  Néanmoins, je n'ai pas l'intention de manquer de parole. Donc, allons-y.
  Les garçons qui se font appeler les Trois jeunes détectives s'appellent en réalité Bob Andy, Peter Crentch et Hannibal Jones. Ils habitent tous les trois sur les bords du Pacifique, dans la petite ville de Rocky, située à quelques kilomètres de Hollywood.
  Bob Andy est petit et maigre. A le voir, on le prendrait pour un "fort en thème". Cela ne l'empêche pas d'avoir le goût du risque.
  Peter Crentch, grand gaillard bien bâti, a du muscle partout où il en faut.
  Hannibal Jones...
  Non, décidément, je préfère ne pas vous parler d'Hannibal Jones. Sachez seulement que, à une époque reculée, ses camarades l'avaient surnommé Gros Plein de Soupe. Comme il détestait qu'on se moquât de lui et comme il voulait prouver sa supériorité, il s'est mis à lire tous les livres qui lui tombaient sous la main. Résultat: il sait une foule de choses, mais il ne brille pas précisément par la modestie.
  Vous devez déjà vous dire qu'il est odieux. Eh bien à mon avis, vous ne vous trompez pas de beaucoup. Et pourtant on m'assure que les amis d'Hannibal Jones sont nombreux et fidèles.
  Les jeunes ont de si drôles de goûts!...
  Moi, par exemple, si j'avais celui de faire des introductions interminables, je pourrais vous raconter comment Hannibal Jones se couvrit de gloire dans son quartier en retrouvant divers objets perdus (dont quelques minous et plusieurs chienchiens), comment il gagna le droit de rouler dans une Rolls-Royce plaquée or, comment...
  Mais je préfère m'arrêter là. Car, voyez-vous, je trouve que les introductions ressemblent aux plaisanteries: les plus courtes sont les meilleures.
  ... Surtout quand c'est moi qui les fais!
ALFRED J. HITCHCOCK.
*Qui n'est nullement obligé de le lire. A.H.

Jacques Poirier, 1966.

  Pour les cinq premiers tomes de la série, je me suis retrouvé confronté à une grande ambiguïté quand à savoir qui était chargé de la traduction. En effet, pour certains elle est attribuée à Tatiana Bellini, pour l'être dans des rééditions à Vladimir Volkoff. D'autres mentionnent directement celui-ci. Les attributions tardives seraient-elles des erreurs ou la confession que Tatania Bellini était un pseudonyme de l'écrivain d'origine russe? On sait qu'il en était coutumier, il utilisait par exemple, pour n'en citer qu'un, celui de Lieutenant X pour la série Langelot, et que ceci n'a été révélé que tardivement. Mes présomptions se renforcent quand on sait que le prénom de sa mère était Tatiana. Une recherche superficielle, donc forcément n'ayant aucune valeur de preuve, sur internet n'indique en outre rien sur une Tatiana Bellini, excepté cette obscure contribution à la série des Trois jeunes détectives. C'est pourquoi, dans le doute, j'utilise Bellini/Volkoff en référence à la traduction.

  La question de l'identité du traducteur/rice ne se pose dans l'absolu pas lorsqu'il est question des choix qui sont faits. L'un des plus arbitraires étant ici l'omission de certaines phrases comme celle que je traduit par: "En tout franchise, j'aurais préféré ne rien avoir à faire avec ces gamins". Même si le texte français donne l'impression générale de réticence ("corvée", "escroquerie"), il édulcore quelque peu le mépris condescendant d'Hitchcock pour les jeunes gens. D'ailleurs l'introduction débute différemment: alors que l'avertissement au lecteur annonçant qu'il n'est pas obligé de lire les mots qui suivent est à l'origine en un seul bloc de texte et tout en haut de la page, la version française intitule l'introduction "Avis au lecteur" et relègue le même avertissement en note de bas de page.

  Mais là où la traduction de Bellini/Volkoff est davantage contestable c'est quand elle supprime des détails très précis et récurrents du roman. Premier exemple, dans l'introduction, Hitchcock mentionne que Jupiter/Hannibal a contribué à une série télévisée. Les quelques lignes en questions sont omises par Bellini/Valkoff et j'en propose donc la traduction suivante:

  "Tout petit, Hannibal Jones jouait dans une série télévisée burlesque où figurait une troupe de gamins (heureusement que je ne suis jamais tombé dessus). Toutefois, le fait est, qu'enfant, Hannibal était si gros et risible quand on le voyait qu'on le surnommait Bébé Plein de Soupe et des millions de téléspectateurs riaient à chaque fois qu'il tombait."

  Le texte français utilise "Gros Plein de Soupe" pour adapter Baby Fatso, le nom du personnage qu'il jouait, devenu déplaisant surnom suite à une notoriété qui colle à la peau de Jupiter/Hannibal Jones. Il se contente donc de faire référence "à une époque reculée", volontairement plus vague. D'autres allusions à ce passé seront faites au deuxième chapitre et elles seront également adaptées. Le traducteur s'est probablement dit que ce n'était pas trop grave si le lecteur français n'avait pas accès à cette information sur l'un des héros, ce que je désapprouve fortement. J'aurais l'occasion d'en reparler quand il en sera question de tomes ultérieurs.

Source des illustrations:

Illustrations françaises: Scribd (Utilisateur: Claudefermas) (éd. 1966).

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